E.V. de Boissière et le développement de l'instruction publique mixte

Comme son maître Charles Fourier, E.V. de Boissière accordait une importance toute particulière au bonheur des enfants et à la qualité de leur éducation et de leur enseignement.

En Louisiane, il avait soutenu en 1868 un projet d'orphelinat pour les enfants noirs de la Nouvelle Orléans, puis en 1869 il avait construit une école pour les enfants de ses associés du phalanstère de Silkville (ou Kansas Co-operative Farm), puis en clôturant cette expérience, il avait légué ses biens américains pour créer un orphelinat et une école supérieure.

Ecole de Silkville (Kansas)

De retour en France à l'age de 81 ans, il confirme et manifeste ses valeurs éducatives dans son testament et donne ses "directions" aux responsables municipaux et aux instituteurs, sous le contrôle du Notaire et du Juge de Paix du Canton.

On y trouve naturellement de nombreux principes développés de la philosophie fouriériste (égalité des sexes, développement harmonieux, place donnée au talent, valeurs morales, référence à l'économie agricole,...) :

1. Développement de l'instruction publique des deux sexes,

2. Assurance de la gratuité des fournitures scolaires,

3. Complément au salaire de l'instituteur(trice) et des assistants : une somme qui élèvera à trois mille francs son salaire annuel, et pour les aides et suppléants, le salaire annuel sera élevé de même à quinze cents francs, dans le but d'assurer le recrutement de sujets distingués.

4. Il y aura un suppléant ou aide pour chaque groupe de trente élèves.

5. Je désire que l'on adopte le système des écoles mixtes si la loi le permet.

6. On donnera gratuitement à chaque enfant, riche ou pauvre, un bon repas à midi.

7. On distribuera gratuitement des vêtements, chaussures, coiffures à ceux des enfants qui n'en seraient pas convenablement pourvus par leurs parents.

8. On continuera à donner gratuitement les fournitures scolaires dans les Communes d'Audenge et de Lanton, on continuera à payer l'indemnité de 80 fr par école.

9. On paiera, si les fonds le permettent, l'enseignement gratuit dans des écoles professionnelles ou supérieures, de un enfant de chaque sexe chaque année, lequel s'en sera rendu digne par ses aptitudes et sa conduite. Il sera choisi par le suffrage des enfants de sa classe.

10. L'Ecole maternelle d'Audenge sera maintenue et entretenue comme elle l'a été jusqu'à présent. On améliorera les bâtiments des maisons d'école et leur mobilier d'enseignement, les préaux couverts, le mobilier des récréations, les jardins et plantations qui devront servir à l'éducation agricole des enfants.

11. Si les revenus provenant de mon legs à la Commune d'Audenge dépassent les besoins créés par mes précédentes directions, on établira un service d'omnibus gratuit parcourant la route d'Audenge à Facture, pour conduire les enfants aux écoles pendant les mois d'octobre, novembre, décembre, janvier, février et mars.

12. Enfin, s'il reste un surplus de revenus après avoir satisfait aux dépenses précitées, on le laissera s'accumuler jusqu'à ce qu'il soit possible de créer, dans la Commune d'Audenge, une Ecole Primaire Supérieure, sans internat, pour les deux sexes.

NB : les mentions en italiques sont de la main d'E.V.de Boissière (1892)


Ces valeurs complètent particulièrement les lois de la IIIè République défendues par Jules FERRY sur la gratuité absolue de l'enseignement primaire dans les écoles publiques (L. du 16 juin 1881) et sur l'enseignement primaire oblibatoire (L. du 28 mars 1882). Le père de l'école républicaine laïque, obligatoire et gratuite décèdera à Paris le 17 mars 1893...

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