Parc du Château de Certes 2008 : la fin des gerbes de chênes séculaires

Après avoir résisté une bonne quinzaine d'années aux attaques des larves de capricornes et de lucanes, la dernière gerbe de chênes située à l'entrée sud-est de la ferme de Certes a rendu l'âme. Ce très curieux bouquet d'arbres-frères n'aura pas mis de feuilles cette année, et va ainsi disparaître du paysage du parc.




Ce bel ensemble a été immortalisé sous les pinceaux de l'artiste Jean-William HANOTEAU en 1989, dans "Aquarelles de Certes - Les chênes de Certes ( 62 x 46cm )" dans le cadre d'une commande du Conservatoire du Littoral.




Une photographie couleur prise au moment de la construction du parking du Centre d'Aide par la Travail (1992) est reproduite ci-dessus, de même qu'une autre prise cet été 2008 ci-dessous.





Il y avait en réalité trois gerbes de chênes, composées chacune d'une dizaine de pieds, plantés en cercle parfait, de même taille, de même âge, et qui ont ainsi poussé ensemble, ce qui donne à l'ensemble une forme très particulière et originale (il ne s'agit pas d'une cépée comme on pourrait le croire de prime abord).


Ce qui est plus mystérieux encore, c'est que ces trois cercles sont disposés aux sommets d'un triangle équilatéral dont une bissectrice (SW) pointe la grotte de la pièce d'eau du château, une autre (N) est axée sur la vacherie et le côté nord du triangle tangente la branche parabolique du cheminement du parc axé sur le portique nord de la route d'Arès. Cette parabole avait été révélée à l'examen des anciennes photos aériennes de l'Institut Géographique National (Jean-Noël Tournier, paysagiste et Jean-Pierre Bériac, historien), et son existence est clairement visible côté sud, probablement parce que le chemin a dû être empierré et bombé pour le passage de calèches ou phaétons allant du château au bourg d'Audenge.

Dans la région des Graves, une visite du Domaine de Grenade à Saint-Selve (Gironde) permet de voir également "un rond de sorcière" planté de Chênes pédonculés au bas de la prairie du château (photo ci-dessous), juste avant de plan d'eau animant la grande perspective vers le nord-est. Le parc de cette propriété d'Edmond de Carayon-Latour a fait l'objet d'une restauration suite à la tempête de 1999. Ce fut une célèbre chasse à courre dont les écuries ont été bâties par l'architecte Henri Duphot en 1861. Le dessin du parc, aujourd'hui labellisé "jardin remarquable", est l'oeuvre des frères Denis et Eugène Bühler, célèbres paysagistes de jardins pittoresques "à l'anglaise". Ils furent notamment les concepteurs du Parc Bordelais et du Parc de la Tête d'Or à Lyon. Leurs chantiers s'étalent en France de 1842 à 1872. D'après la paysagiste Françoise Phiquepal, chargée par la propriétaire -Mme Patricia Chauffourier- de la restauration du parc du Domaine de Grenade, la disposition des chênes "en rond de sorcière est une signature de Bühler. Elle ajoute encore à la puissante dimension symbolique du chêne, arbre sacré dans de nombreuses traditions, et à celle non moins sacrée du chiffre 8". En effet, le rond des chênes de Grenade est composé de 8 chênes (l'un d'eux n'est plus qu'une souche) plantés sur un cercle de diamètre 14m environ.


Lorque les arbres de Certes seront débités, l'âge de plantation pourra être déduit des cernes de croissance : deuxième moitié du 19 è ou début du 20 è siècle ? en d'autres termes, cette composition paysagère est-elle l'ouvrage de Descas ou de Valeton de Boissière ? ou plus anciennement encore celle de Dauberval, l'ex-maître des ballets du Grand Théâtre de Bordeaux au début du 19 è siècle ? Ce qui est dit plus haut tendrait à dire que le parc de Certes porterait peut-être une signature des Bühler ou d'un confrère, soit peut-être entre 1842 et 1872, or on sait qu'Ernest Valeton de Boissière a fait construire son Château en 1850 [1]

Reste à compter les cernes.... peut-être donc entre 136 et 158 ans selon ces hypothèses qui restent ainsi à vérifier.

[1] Michel Boyé, in Une Histoire du Bassin. Arcachon, entre landes et océan. Mollat éditeur, Bordeaux, 1995, p.66. "(...) les bénéfices de deux années sur la vente du poisson permirent à Boissière de faire construire en 1850 l'actuel château de Certes !"

Articles les plus consultés